C’est fort enseignant. Ce que l’on pourrait concevoir comme étant le dream come true des consommateurs de porno, un « comme si on y était ! », prend très vite la forme du real nightmare. Une prouesse technique force le plan géométral en faisant miroiter l’abolition de la séparation entre le spectateur et ce qui se passe sur la surface de l’écran. Le relief 3D procure, certes, des sensations vertigineuses mais combien peu bandantes et autres que celles prévues. La séquence comporte une logique somptueuse et très Séminaire X, se dépliant entre exaltation et angoisse : ça rit aux éclats, les « wow it‘s amazing ! », « this is gonna change the game ! » s’enchainent mais ne font pas long feu, c’est le cas de le dire, car ce sont les « O shit ! O Jesus Christ ! » qui prennent sans tarder la relève, avant d’être capitonnés par un appel au secours : « It’s fucking scaring me !», « Get that out of my face !! ».
Notre dette vis-à-vis du dispositif est de taille : enfin un artifice qui donne au névrosé une idée de ce que devient le champ de la perception de celui pour qui l’objet a n’a jamais été extrait ; l’un des cobayes tâte avec sa main pour vérifier que son avoir phallique est bien à sa place et qu’il est toujours le sien tandis que d’autres cherchent à s’arracher cette “alienesque” lamelle high-tech qui adhère aux yeux.
Le regard sans castration manque cruellement de manque et promet bien peu de délices car il transforme, en un clin d’œil, les gâteries des bimbos en intrusions façon mante-religieuse. « Cachez moi ce tableau que je ne saurais voir » disait Philippe Sollers* à propos de L’Origine du Monde, et si depuis le tsunami porno nul tableau d’André Masson ne saurait cacher son trou béant, grâce à la 3D celui-ci ne se contente plus de nous mater, il nous bouffe carrément du coin de l’œil.
So close et pourtant ! Réel copulatoire & 3D, cette paire-là laisse beaucoup à désirer…

*le Nouvel Observateur du 15 juin 2006.