Avec son invention du sinthome, Lacan nous ouvre une voie d’accès au corps comme instrument nécessaire pour laisser passer les mots – pas de signifiant vivant sans corps. Mais si le corps se trouve dépourvu du signifiant il se réduit à un amas d’organes trop réel – pas de corps viable sans signifiant. Le repérage lacanien qu’offre l’objet petit a résout cette impasse. L’être parlant doit obtenir une « extériorisation de l’objet a »[i], souligne Lacan, autrement dit il doit produire cet objet hors corps. Cet extériorisation peut certes s’obtenir par l’opération symbolique de la castration, mais la suite de l’enseignement de Lacan nous permet d’envisager d’autres formes, autorisant après coup l’incorporation du savoir comme objet. C’est ce que démontre au prix d’un travail incessant l’artiste performeuse Phia Menard qui met à l’étude la transformation de la matière afin de rendre compte de la transformation de son corps pour accéder à l’Autre sexe.

Phia Menard se trouve à ce croisement où est rejeté le recours au signifiant pour traiter la question phallique sans pour autant réduire celui-ci au pur organe réel[ii]. Sans relâche elle cherche ce qu’est ce corps qu’elle habite – recherche vitale, pas sans l’art sans lequel elle ne serait plus en vie. « De quel droit puis-je aborder ces sujets hormis mon absolue nécessité ? » De cette absolue nécessité elle forge son art et rencontre un succès considérable. Sa compagnie Non Nova tourne dans le monde entier.

« A quel moment sommes-nous justes, vrais, à quel moment ne mentons nous pas ? Je cherche encore » confie l’artiste. Il ne s’agit pas ici de dire le vrai sur le vrai mais de cerner une réalité possible à forger pour un réel impossible à rejoindre. Le nom de sa Compagnie en dit long sur le chemin emprunté par Phia Menard et éclaire le thème des Journées : Non Nova signifie « nous n’inventons rien, nous le voyons différemment ».

[i] Jacques Lacan, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 366.

[ii] Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XIX, …ou pire, Paris, Seuil, 2011, p.17.
Voir aussi Pierre-Gilles Gueguen, Séminaire de l’ECF sur OU PIRE…. – Rennes, 2012-2014, leçon du 11 janvier 2013, avec l’intervention de Laëtitia Jodeau-Belle