Elle l’interpelle : « …François, quand tu seras grand… »

François la regarde, à la dérobée. C’est un bel enfant au regard sombre. Il essaye de la suivre dans les méandres de ses questions. Il ne va pas tarder à la darder du regard tant elle insiste avec cette question « est-ce que tu y crois ? ». Soit il résiste à se laisser séduire, soit il refuse de prêter allégeance à cet Autre, à son existence. Jusqu’à un certain point car aller dans la lune pour y passer des vacances réveille chez François ce dont peut -être il s’agit de jouir pour y croire. Y croire ou ne pas y croire ? Il concède enfin, quant à savoir si les chevaux parleront un jour, qu’il ne sait pas. C’est ainsi que le grand oral avec Marguerite Duras amorce les rapports de la croyance et du savoir. Il n’est pas certain qu’il faille y croire pour avoir accès au savoir. François ne va plus la lâcher du regard. Il se montre coopérant, esquisse une différence entre ce qui s’apprend à l’école et à la télé. La langue amorce un glissement entre apprendre et « prendre des choses ». Il insiste, marque le « pas pareil » entre le savoir qu’il a pris à l’école et la télévision. La distinction est ténue mais tenue. Il énumère ce qu’il sait avoir pris, affirme d’une voix sûre et sans badiner la pointe de ce savoir : « écrire et pas faire de taches ». Peut-être le soin rapporté à la lettre y est-il intéressé. Un nouvel enjeu se dessine entre écrire et lire au fil de ce dialogue à bâtons rompus. François fait savoir sa préférence : lire « soi-même » une histoire contre la voir à la télévision. Tout est là dans « le soi-même ». Il le réaffirme ; ce qu’il aime, c’est lire et écrire aussi. Selon lui « lire et écrire, c’est pareil ». François déplie cet aphorisme, non sans interroger le rapport au savoir. Ça se sait, pour lui, parce qu’« un écrivain écrit un livre »… et que ça ne va pas sans jouir de le lire « soi ». Ce « soi » est l’apex d’un ça se sent. Quand ça se sent, ça se sait.

La pointe de ce dialogue se conclut avec l’éclat de rire de MD. Il faut y reconnaître en quoi François est un enfant Mœbien dont résulte un effet de sujet. Qu’est-ce qui distingue l’image vraie de la pas vraie, son image de celle qui parait sur l’écran ? La réponse est là « confortée » dans son écrin/écran : « Et l’image vraie se conforte dans l’écran si bien qu’il y a plein de spectateurs ».