La contorsion, ça a été une rencontre, dit Angela Laurier dans cette vidéo, et même une révélation. Elle devait le devenir, contorsionniste, d’autant qu’au Québec, il n’y avait pas d’école du cirque où ça aurait pu s’apprendre. Elle a trouvé ce qui allait changer sa vie, une nouvelle façon de dompter son corps, elle qui avait déjà fait le choix du corps comme objet de son travail.  Pourtant, ce désir qui semble si chevillé au corps, n’est pas sans résonnance avec la schizophrénie de son frère. La contorsion, dit-elle encore, est aussi une aliénation, c’est un enfermement. Sans doute faut-il entendre la solitude de l’entraînement, sorte d’autisme, de repli dans la répétition des mêmes exercices pour maîtriser son corps, le contenir, contenir la jouissance illimitée qu’elle voudrait ainsi résorber. Elle sait bien qu’elle traite ainsi une part de cette jouissance, entre volonté d’être contorsionniste et jouissance à tordre le corps hors de son trajet initial, l’en détourner par la contorsion.
Cela nous apprend quoi ? Qu’il y a une jouissance à apprendre dans le sens du forçage, d’aller au-delà de ce qui est normalement possible. Qu’il y a, dans la répétition même des exercices, une volonté d’atteindre un corps réel dont elle cherche à déplacer les limites, à les forcer aussi, pour se donner un corps nouveau, le rendre autre à soi-même. La rigueur nécessaire produit un effet de jouissance absolue. C’est ce qu’elle appelle « un état second ». Cela touche certes à l’acquisition d’une souplesse inouïe mais aussi à un au-delà qu’on peut appeler, un dépassement de soi, forme absolue « d’une jouissance opaque d’exclure le sens »[1].

[1] J. Lacan, « Joyce le symptôme », dans Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 570.