Lol est une femme « en attente de capter l’instant magique où se révèle l’objet du désir de l’homme », note Jacques-Alain Miller[1]. Il s’agit d’une voyeuse, elle veut tout voir. Le regard de Lol a été saisi par une fulgurance. Elle a compris dans la fulgurance, précise Duras. L’instant où elle a tout vu en clarté, elle a été aveuglée, flouée.

Duras sait qu’elle est allé loin dans l’écriture du Ravissement de Lol V. Stein. Elle s’est avancée « sur une région non encore … creusée »[2]. Étant poussée par une imparable lucidité. La lumière qui l’a éclairée pour écrire, finit par l’empêcher de voir. Elle le dit lors de cet étonnant entretien avec Pierre Dumayet en 1964 : son roman est devenu obscur pour elle-même.

Jacques Lacan s’est entretenu aussi avec Marguerite Duras, il lui a dit que, selon Freud, les artistes précèdent toujours les psychanalystes. J’ai essayé de lui expliquer, dit Duras, que moi-même j’ignorais la genèse de cette Lol [3].

 

[1] Miller J-A « Les us du laps ». Séance du 24 mai 2000.

[2] M. Duras et X. Gauthier, Les parleuses. Les éditions de minuit, 1974, p. 20

[3] L. Pallotta della Torre, Marguerite Duras. La passion suspendue, Le Seuil, 2013, p.65