Blu, artiste du street-art impose à travers des œuvres monumentales, la singularité de ses dessins-images-peintures dans le paysage urbain. Il fait surgir des murs de nos villes, ce que nous ne savons plus voir des transformations du monde qui cependant nous traversent. Il nous réveillent de nos silences, de nos aveuglements, nous renvoyant nos attachements pulsionnels démultipliés.

Dans Bing Bang, l’apparition du vivant dans le monde jusqu’à la déflagration  dernière, se projette à travers un trajet urbain très choisi, pont, bord d’immeuble, usines… Il y trace l’endiablée course création/destruction d’étranges créatures qui s’anamorphosent indéfiniment, naissant les unes des autres, à partir d’un reste. Ça pulse de partout, à travers tous les trous des corps ou des murs, ça prolifère, ça se déplace, la peinture passant par l’intérieur des tuyaux, jaillissant, expulsant une substance, un bout d’être, les frontières sont poreuses. Prédation, disparition, ça se bouffe, ça s’avale, ça cavale, mouvement incessant des dinosaures jusqu’à l’apparition des hommes qu’il peint autour d’un immense réservoir d’essence vide, si bien que la balle tirée par le dernier soldat armé tue le premier anéantissant ainsi la chaîne historique du vivant. Infini mouvement des créatures, intensité de la musique aux sonorités improbables, du big bang à l’explosion atomique en passant par les bruits du cœur. Blu réussit à faire palpiter le vivant, en trois dimensions.

Combo,  c’est la guerre, déflagration, maisons détruites, fenêtres, portes béantes, débris qui tombent, puits se transformant en gueule qui avale, visages se modifiant par la couleur. Déplacement d’une figure bizarre devenant main qui s’infiltre dans les trous, vient creuser des yeux, une bouche dans un mur de briques, une voix inaudible essaye de s’y faire entendre, et derrière Blu peint une tête de mort en couleur,  de l’eau, tel des pleurs, coule le long du mur. Blu, peint et efface, recouvre, fait des couche, change les couleurs, des rondelles d’homme tombants du mur reconstituent un bout d’homme, pied sur pied, puis assis. Il ne laisse aucune anfractuosité tranquille, il s’en sert, pour faire renaître, malgré la destruction qui ne cesse pas.