« Il y a comédie et comédie » aurait dit Molière.

Voilà une leçon de minimalisme donnée par Annie Girardot à deux jeunes comédiennes en herbe. Certes, elles sont excellentes dans le jeu, dans l’intelligence du texte, dans l’expressivité du visage; on y distingue bien dans le registre de leur ton désinvolte et primesautier que l’annonce d’être trompée par son mari de l’une et la réception par l’autre ne se cristallisent pas en drame mais alimentent une excitation que procurent les petits plaisirs de la vie, gros chagrin compris.

Les voilà distraites, enjouées, bavardes, portées par des identifications réciproques et légères, vivantes… et superficielles diraient les esprits chagrins !

Entre apprendre que son mari la trompe et vouloir apprendre à danser il n’y a qu’un pas pour le désir qui tel un furet court… L’événement de la tromperie est un non événement ; à peine un infléchissement de satisfaction que procure l’annonce et dont témoignent leurs corps pétulants.

C’est dans ce registre programmé, d’une équivalence – scandaleuse – des choses de la vie que vient faire relief la Leçon d’Annie Girardot.

Par touches discrètes, elle les invite à débarrasser leur énonciation des scories encombrantes que constituent le trac, l’élocution précipitée et le corset d’un savoir de texte.

Donner le mot qu’on peut et être étonné par ce qui n’a pas été calculé, voilà ce qui peut libérer le jeu du moi et produire un acte ; celui de l’acteur qui dans cet instant irradie, nous dit-elle.

Mais soudain une autre leçon pointe derrière celle-ci, insue, lorsque qu’Annie Girardot dit son « il me trompe » exemplaire suivi de sa voix intérieure : combien, fataliste, il est gros des chagrins liminaires de l’expérience du professeur.